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Quatre ans. Quatre longues années que l’on attendait le nouvel album du plus talentueux duo de la scène électro française. Planisphère et A Cross the Universe nous auront bien fait patienter quelques temps mais ces derniers mois n’avaient été que rumeurs et diffusions de leaks. L’attente était devenue insoutenable pour tous les fans de ce groupe en phase de prendre le relai d’un autre duo mythique, les Daft Punk. Et la patience a parfois du bon… La première écoute file des frissons et nous replonge dans l’univers fantasmatique et délirant de Justice. Seulement deux titres avaient été dévoilés par le groupe avant la sortie de ce nouvel opus (Civilization et Audio, Video, Disco), et on peut maintenant affirmer que le reste de l’album est largement à la hauteur. « Audio, Video, Disco », que l’on peut traduire par « J’entends, je vois, j’apprends » annonce la maturité du groupe, la naissance d’un nouveau genre.

Horsepower ouvre le bal, donne le ton et impose tout de suite un son lourd et puissant. Civilization poursuit la dynamique avec une énergie bouleversante tandis que les titres Ohio et Parade réinventent la balade façon électro-pop. Sur chaque morceau les influences sont claires : des Who (Newlands) à Black Math (Canon) en passant par Jamaica (produit par Xavier de Rosnay justement), le groupe a su mêler à la perfection la variété de son répertoire musical. On croira même reconnaître la Toccata et Fugue de Bach sur les premières notes du titre éponyme de l’album Audio, Video, Disco. Cependant, ce serait un sacrilège que de croire que Justice se contente de revisiter une musique déjà existante, les deux artistes réinventent un genre avec un album électro-pop-rock-punk-metal qui repousse les limites de la musique électronique.

Audio, Video, Disco est un album efficace et sans compromis, plus constant que , son illustre prédécesseur qui a rallié de nombreux adeptes à travers le monde. Le groupe poursuit d’ailleurs sa quête du culte, symbolisé par la croix, signe de ralliement de Justice : toujours présente sur la pochette de l’album, elle est cette fois ancrée dans la terre, dans le réel. Comme si le groupe voulait montrer qu’il compte bien perdurer… Les deux artistes figurent également sur la pochette de l’album (regardez bien en bas à droite), contemplant cette croix si imposante et énigmatique qui semble les dépasser. La musique de Justice enchante et bouleverse autant qu’elle interroge… Alors que les Daft Punk ont généré leur Aura en se cachant derrière des casques de robot, Xavier de Rosnay et Gaspard Augé sont eux – à visage découvert – devenus des figures emblématiques de la scène électro française, tout en gardant une part de mystère dans leur musique et leur univers artistique. S’ils continuent à se renouveler tout en faisant bouger les lignes, c’est certainement ce cocktail qui permettra à Justice d’accéder au statut de mythe qui lui tend les bras.

Article signé Mickael Mougenot