Pendant longtemps, la peur d’un État s’appuyant sur une culture de la sur-veillance était dominante dans la pensée de l’Homme. Villes truffées de caméras, téléphones constamment sur écoute, analyse de vos moindres déplacements, lecture de votre courrier retentissaient comme les maux les plus à craindre. Le dispositif le plus représentatif de la surveillance était le panoptique, présent dans les prisons, les hôpitaux psychiatriques, les usines. Avec les nouvelles technologies de la communication, se développa ce qu’on appelle une culture de la sous-veillance dans laquelle celui qui surveille est socialement en-dessous du surveillé. Le citoyen peut révéler au grand public à l’aide de son téléphone portable une scène de violence entre des policiers et un individu isolé, dénoncer la parole déplacée d’un politique. Ainsi, la peur n’est plus uniquement descendante. De nombreux scandales peuvent éclater de simples photos prises par un individu lambda. Cette défiance à l’égard du plus-haut-que-soi socialement parlant réinstaure dans la société un équilibre, entre sur-veillance et sous-veillance. On parle alors d’équi-veillance.
La police de New Delhi a trouvé une nouvelle façon de délivrer des contraventions. Elle a créé une page Facebook où ses « fans » peuvent poster des images de véhicules en infraction. Les policiers décident ensuite si l’infraction est réelle et émettent une contravention grâce au numéro d’immatriculation pris en photo. Jusqu’à ce jour, les policiers ont produit plus de 600 contraventions grâce à la bonne volonté dénonciation de potentiels opportunistes à la recherche d’une rétribution.
L’utilisation de Facebook pour faciliter la dénonciation apparaît ainsi comme une rupture dans le modèle de l’équi-veillance. En effet, on ne parle plus ici d’un équilibre entre la sur-veillance et la sous-veillance, entre classes sociales élevées et basses. Car tout le monde devient surveillé et surveillant potentiel. La motivation pécuniaire, associée à une culture de la dénonciation et de la défiance généralisées, créent une société de la panto-veillance: de la surveillance de tous par tous. Elle rend – si je peux me permettre – obsolète la réflexion de Michel Foucault dans Surveiller et punir. L’œil tout puissant (i.e. La société panoptique de Jeremy Bentham) éclate en mille morceaux car tout le monde possède alors un brin de pouvoir. L’équilibre est rendu précaire par un abus de pouvoir généralisé. Enfin, ce modèle ne peut que conduire à une inexorable domination par la Peur de l’être social.
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