Je relisais récemment Rumeurs. Le plus vieux média du monde, de Jean-Noël Kapferer. Ouvrage de référence sur le sujet mais qui commence à vieillir (première parution en février 1987). Kapferer fut sans doute le premier à décrire l’ensemble du processus générer par le bouche à oreille. L’objectif étant de comprendre comment un échange d’information à une échelle individuelle peut devenir une puissance touchant une population entière. Plus de 20 ans après sa parution, Rumeurs n’a presque pas prit une ride… Je voudrais cependant, revenir modestement sur un passage qui m’ayant particulièrement marqué. Chapitre 3, sous-chapitre « Parler pour savoir« :

« La comparaison entre le lecteur du journal et l’auditeur d’un discours rapporté a une limite de taille: pour le lecteur, compte tenu de la confiance dont jouissent les médias, le fait est authentique, vérifié. L’auditeur, quant à lui, même s’il le croit possible, n’a pas cette certitude. Il lui faut s’en assurer. Il a besoin aussi de savoir qu’en penser ».

Je trouve intéressant de se plonger dans le passé pour comprendre les évolutions qui ont entrainé l’ »univers » que l’on connait. Ici, Kapferer nous décrit un monde qui oppose « lecteurs de journaux » et « auditeurs de discours rapporté a une limite de taille ». Il y a ainsi deux façons de recevoir de l’information. Par les médias et par ses proches. Pour l’instant, on peut comprendre cette dichotomie mais l’opposition « authentique » et incertain associée aux deux entités me laisse perplexe. Kapferer ne semble pas tenir compte des travaux de Paul Lazarsfeld (avec Bernard Berelson et Hazel Gaudet) pour The People’s Choice (1944). En effet, le Two step flow of communication et l’importance du leader d’opinion est complétement délaissé. Pour Kapferer, les « médias jouisse d’une confiance » sans égale alors que les Hommes ne sont pas digne de confiance donc potentiels moyens de transmission de rumeurs. Kapferer considère de part ce fait qu’un média ne peut pas transmettre de fausses informations et donc de propager une rumeur.

Sans revenir sur les théories des « effets limités » , je trouve intéressant d’observer un basculement total entre l’Hier selon Kaferer et aujourd’hui. Alors que la Presse est en crise (manque de confiance de la part des lecteurs?) et que les médias créent des rumeurs par erreur ou pas (non non je ne parle pas que de la fausse mort de Pascal Sevrant), les auditeurs semblent s’être tourné vers leurs proches et leurs différentes communautés. Les médias sociaux rassemblent pour mieux diviser les médias. Les Hommes délaissent les entités médiatiques pour se tourner vers leurs pairs. Mais paradoxalement, ces médias sociaux qui rapprochent les internautes sont également à l’origine des rumeurs les plus folles. Internet est donc à la fois problème et solution dans la sphère de la rumeur.

Le sujet mérite un ouvrage… c’est d’ailleurs ce que Kapferer promet! La Rumeurs ne sera pas réactualisé mais un ouvrage entièrement dédié aux « Buzz » et à la nouvelle guerre de l’image est pour bientôt!